Si Bernie Sanders gagne, le monde change!

 bernie_sanders_gagne_le_monde_change_melenchon.jpg
Crédits photo : Gage Skidmore

La primaire démocrate donne la victoire à Bernie Sanders dans trois États de plus. Les magouilles médiatiques et les manœuvres de l’appareil Clintonien auront donc été vaines. Ce qui se joue dans cette affaire est très important pour nous, dans le courant progressiste en Europe. Voici un extrait de ce que j’en ai écrit dans ma note de blog de samedi :

« Aux États-Unis, le récit publié sur le blog de Médiascope permet de se représenter l’énergie mise en mouvement par le candidat Bernie Sanders. Là-bas, il n’y a pas d’autre issue pour la gauche que la primaire puisqu’il n’y a pas de premier tour dans l’élection présidentielle elle-même. Et du coup, on voit bien les efforts du système oligarchique par l’intermédiaire de ses médias pour rendre invisible la campagne de Bernie Sanders et décourager ses partisans. Silence, moqueries, fausses nouvelles, appel à renoncer : tout y passe de semaine en semaine qu’il gagne ou qu’il perde.

Je regarde cette campagne de très près. Je la suis au fur et à mesure. Mon instinct politique me dit qu’il le faut cette fois-ci. Par bien des côtés, elle évoque la nôtre, celle de 2012. Mais par bien d’autres, elle anticipe aussi celle que nous allons vivre en 2017. Les méthodes de combats, les thèmes, les personnages, sont recopiés de ce côté-ci de l’Atlantique par tous les importants et surtout par les chefs de la bande des trois. Le déport à l’extrême droite décomposée de Trump évoque bien ce qui va s’amplifier ici ! Pendant trop d’années, je me suis contenté de mépriser les USA sans tenir assez compte des contradictions de son peuple. Je n’ai pas mesuré la difficulté qu’a été la reconstruction d’une option progressiste dans un pays comme celui-là, tout simplement parce que je ne croyais pas que dans ce pays quoi que ce soit puisse percer à gauche. 

Pourtant, il ne fallait pas le déconnecter de ce que l’on observait dans le reste des Amériques, sur tout le continent, inclus le Canada. D’une manière ou d’une autre, la vague venue du sud s’est aussi concrétisée dans l’élection d’Obama et il y en a une part mourante, comme une fin de course, dans celle de Trudeau. Elle travaille de nouveau les USA dans les mobilisations pour Sanders. Aux USA, nonobstant la déception qu’a été l’ère Obama, le travail de la candidature d’Howard Dean, même écrasée par l’oligarchie, n’a pas été vain. Une précieuse moisson d’innovations a été faite par lui dans l’art de mener des campagnes seul contre tous en s’appuyant sur l’énergie des réseaux sociaux. 

Sanders prolonge ce retour du progressisme nord-américain après un interminable épisode d’effondrement intellectuel et politique parrainé par Bill Clinton. Son impact n’est pas resté limité aux États-Unis. Il s’est prolongé en Europe. Dans mon livre “En Quête de gauche”, j’ai montré le contenu de cette nouvelle doctrine et son rôle destructeur, notamment en France par l’intermédiaire de François Hollande, un Clintonien de la première heure ! C’est un mix politique de Blair et de Papandréou, fondateur de la “ligne démocrate” qui a détruit l’internationale socialiste et le courant socialiste progressiste mondial. Matéo Renzi en est la pointe finale en Italie. Dans ce pays, le plus puissant parti communiste d’Europe occidentale s’est progressivement dilué, sous l’autorité de Massimo Dalema. Celui-ci copilotait avec Bill Clinton les sommets des “modernisateurs” en Europe. Il fit glisser son parti par étape du “parti de la gauche” en fusionnant avec l’ancien parti socialiste italien, vers le “parti démocrate” aujourd’hui dirigé par un ancien démocrate-chrétien, Mattéo Renzi ! » 

Peut-être que l’épopée de Bernie Sanders annonce le retournement de ce cycle mondial qui vit disparaître, ou peu s’en fallut, l’alternative progressiste en Europe.